La grandeur sans la folie

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Apollo brown - grandeurUne année s’est écoulée depuis la sortie de « Blasphemy« , projet en forme de coup de poing asséné par Ras Kass sous la houlette du producteur originaire de Détroit : Apollo Brown. A peine une année pour se remettre du K.O, et voilà que le prolifique Apollo Brown nous revient déjà avec un tout nouveau projet sobrement intitulé « Grandeur » et tout fraîchement sorti ce 25 septembre dernier. Alors que penser de cette nouvelle galette?

L’album s’ouvre sur le crépitement de la cellule, des applaudissement, très courts, laissant place très vite au titre « Neva Eva », morceau qui, à lui seul, résume le son d’Apollo Brown. Le producteur de Détroit a su à travers ses précédents albums imposer sa patte reconnaissable entre toutes dès les premières secondes : des samples tirés essentiellement de la discographie soul des années 1960-70, une utilisation du sample par « petites touches » sans grandes boucles faciles, et une manière de compresser chaque sample, chaque pad, en leur donnant une rondeur particulière. Sur ce point, Grandeur s’inscrit donc dans la droite lignée des précédents projets, on reconnaîtra ainsi pêle-mêle une boucle du magnifique « Memoirs of the traveler » de the Jaggerz (sorti en 1970) sur le titre « Not that Guy« , une belle boucle du morceau « In the winter » interprétée par la chanteuse Janis Ian en 1975, et même une belle prouesse avec une boucle du titre « Fantasy » d’Earth Wind & Fire (!) sur le titre « In the moment » featuring OC (lui donnant une toute autre sonorité).

Côté Mic, finies les collaborations exclusives comme sur les derniers opus (Rapper Big Pooh, Ras Kass, Guilty Simpson, Planet Asia ou OC), Grandeur mélange habilement tour à tour les légendes du Hip-hop (M.O.P, Masta Ace, Evidence, Vinnie Paz, ou encore le regretté Sean Price…) avec de jeunes pousses plus confidentielles (Barrell Brothers, Your Old Droog, ou l’excellente rappeuse canadienne Eternia sur le très bon titre « Eachother »). Sur ce point, l’album est une réussite totale, et cette démarche s’inscrit là aussi dans la volonté continue du producteur de Détroit de promouvoir aussi de nouveaux noms à travers ses projets comme Ugly Heroes par exemple.

« Tu travailles avec des rappeurs plus vieux qui sont dans le game depuis un moment, et ils apportent une certaine ère et une aura à la table, une certaine éthique de travail. Ils savent comment ça se passe et ce qu’il faut pour réussir. Ils ont de l’expérience et un long CV bien rempli, et tu sais qu’ils te respecteront aussi en tant que producteur. Quand je travaille avec un jeune artiste, je ne sais pas à quoi m’attendre car il n’a pas de CV ou quelque chose qui fasse office de garantie. Mais ce que les jeunes artistes ont, c’est qu’ils ont faim. Ils veulent toujours travailler, c’est impressionnant de voir l’ardeur qu’ils mettent au travail, et du coup leur éthique est incroyable« 

Apollo Brown, interview publiée sur le site http://www.beyeah.net, le 26 juin 2015, à l’occasion de la sortie de Blasphemy

Alors que penser de cet album au final? Encore une fois, Apollo Brown nous gratifie d’une excellente galette, produite avec soin, et qui ravira les néophytes comme les connaisseurs, de 7 à 77 ans. Mais… il y a un mais. Tout comme je le signalais déjà il y a un an sur les antennes de Prun’ à propos de la sortie de « Blasphemy« , on peut aussi reprocher à Grandeur son absence totale de prise de risque. Dès la première seconde on reconnaît la marque de fabrique d’Apollo Brown, la fameuse patte dont je parlais plus haut. C’est propre, c’est bien produit, c’est toujours d’une efficacité et d’une virtuosité évidentes… mais c’est sans surprises!! C’est du Apollo Brown 100 % pur jus. Alors oui, le travail est fait, et bien fait, j’insiste, mais dans un monde idéal j’aimerais aussi qu’Apollo prenne plus de risques, aille s’aventurer dans d’autres univers musicaux pour puiser ses samples, ne reproduise pas éternellement son chef d’œuvre originel qu’est « Gas Mask » qui fête déjà ses 5 bougies. Alors, oui, je chipote, mais c’est parce que je vénère Apollo Brown et que je suis scrupuleusement toutes ses sorties que je lui en demande un peu plus. Quoi qu’il en soit, Grandeur marque une nouvelle étape dans la discographie quasiment sans failles du producteur, et ce, malgré un rythme soutenu de sorties. Pour se quitter en douceur, voilà de quoi mettre toute le monde d’accord : une vidéo du maître at work dans l’excellent concept Rythm Roulette. On vous laisse savourer…

M.

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